Yvette Théraulaz

émilie ne sera plus cueillie par l'anémone de michel garneau

janv. 1989  émilie ne sera plus cueillie par l'anémone de michel garneau

Mise en scène Philippe Morand au Théâtre de Poche à Genève

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LES Nègres de Jean Genet

avril 1988  LES Nègres de Jean Genet

Yvette Théraulaz joue la Reine à la comédie de Genève puis à Vidy.
Mise en scène André Steiger, coproduction CDL-Comédie.
Photo Daniel Vittet

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NUIT D'ORAGE SUR GAZA

mai 1987  NUIT D'ORAGE SUR GAZA

Ecrit et mise en scène Joël Jouanneau

«Tout près de Gaza, dans un restaurant abandonné aux couleurs ocre et bleues et plus loin la mer, Marie et Léo.» Le noir, ensuite, le sang, le visage et les gestes lents, un peu japonais de Léo qui se tranche la gorge...

«Nuit d'orage sur Gaza» procède du rituel. Celui de l'exorcisme et de la mise à mort. Son auteur et metteur en scène, Joël Jouanneau a senti, au Liban, l'horreur lui transpercer le crâne. Léo son personnage ne peut plus se débarrasser du cri d'une tête coupée, qu'il a vue là-bas. Marie, sa femme, l'aide à se souvenir jusqu'au bout pour qu'il ne reste pas là, qu'il avance, la rejoigne. C’est le contraire qui va se passer.

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Le texte de Joël Jouanneau est beau, musical, mathématique, ponctué comme ces jeux d'enfants par des mots qui reviennent, Boum-Alouette. C'est que Léo et Marie se plument jusqu'à la tête. Lui, trop calme, assis, couché ou accroupi, tassé sur ses souvenirs comme un oiseau qui couve. Elle, énergique, arpentant l'espace d'un bout à l'autre. Lointaine et pourtant toute proche. La mise en scène comme la pièce est tendue, sourde. Nous sommes délibérément tenus en dehors. Nous regardons d'un œil moins passif qu'il n'y parait, avec lequel nous avalons les actualités à la télévision. Ici aussi l'insoutenable, insidieusement, nous entre dans l'âme.

Jamais les comédiens ne s'adressent à nous. Tout se passe entre eux, tout converge au centre du très beau décor de Jacques Gabel, lumières rasantes y compris. Dans ce climat oppressant et glauque on souhaiterait s'attacher aux pas de Marie, la prendre pour guide mais à quoi bon? L'homme et la femme se suffisent à eux-mêmes, se poussent, se tirent sans nous, car c'est avant tout une histoire d'amour. Jacques Denis est Léo, assommé par la vie, il joue « avec rien» et pourtant tout dans ses déplacements, ses intonations restitue le poids écrasant du souvenir.

Yvette Théraulaz est une Marie tendre, rassurante qui se cassera comme de l'opaline par une nuit d'orage. Tous deux sont remarquables dans un jeu difficile. Mais ce spectacle force le respect ne fusse que pour la réflexion qu'il impose et l'urgence du propos.


COURANTS D'ART A propos de Nuit d'Orage sur Gaza


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LA RONDE D'Arthur Schnitzler (1862-1931)

févr. 1987  LA RONDE D'Arthur Schnitzler (1862-1931)

Mise en scène Martine Paschoud

«La ronde» impossible du sexe
Si « La ronde » est surtout un film de Max Ophiils d'une délicatesse et d'un humour reconnus, il est bon de retrouver la pièce de ce médecin viennois qu'était Arthur Schnitzler (1862-1931). Observateur des mœurs à l'égal d'un Maupassant, Schnitzler est un pessimiste en matière d'amour. Dans « La ronde », il montre des contemporains pris aux pièges du désir et guère portés à la compréhension de leurs partenaires.

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Vaudeville joyeux, qui se déroule presque comme un jeu dont la case centrale serait la Chose, il introduit par la variété des couples, une idée générale de la séduction, sans cesse différente mais toujours semblable, et celle d'hommes et de femmes feignant de ne pas jouer avec le feu, et s'y adonnant désespérément. Comme l'idée de la bienséance sexuelle et les comportements sociaux ont évolué (même s'ils n'ont pas fondamentalement changé), il nous aurait paru agréable de faire connaissance avec la Vienne de la fin du XIXe siècle (la pièce date de 1896).

Martine Paschoud et le Nouveau Théâtre de Poche de Genève ont plutôt opté pour une stylisation qui n'exclut pas les complexités vestimentaires, mais que le décor plutôt froid et terne de Roland Deville souligne un peu trop pesamment. Tout comme la musique qui ponctue les ébats amoureux. Il y a là une volonté de démonstration que la simplicité du texte rendait parfaitement inutile. Le jeu est également caricaturé — trop parfois. Ou, si l'on préfère, cette caricature ne dépasse qu'en de rares moments une fonction explicative. Enrichie, prolongée plus loin que l'esquisse, elle serait devenue encore plus savoureuse. Yvette Tnéraulaz en donne un excellent exemple dans le rôle de la comédienne et Laurent Sandoz dans celui du comte.

C'est d'ailleurs par les trouvailles du jeu, les alternances de registres et de sentiments que la pièce intéresse toujours. S'il doit y avoir retenue, c'est uniquement celle du jeu social, ce n'est pas celle du comédien. On devrait le percevoir à tout moment. En bref, un choix intéressant, même si une trop grande mesure prévaut dans l'éclatement, mesure qui atténue les contrastes que l'auteur cultive. La poésie disparaît ainsi derrière une forme de rigueur et la délicatesse ne devient qu'ironie. On était pourtant sur le meilleur chemin. Le public de Vidy a apprécié sujet et travail par des rappels convaincus.


La Ronde de Schnitzler / Extrait


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CREDO D'Enzo Corman

oct. 1985  CREDO D'Enzo Corman

Mise en scène Armand Deladoëy

Dans le ventre du théâtre, sous la scène où se donne à d'autres heures. «Quartet» de Heiner Müller. Yvette Théraulaz joue «Credo» d'Enzo Corman. Une performance de comédienne et un morceau d'écriture. Un monologue de femme, genre décidément en vogue dans l'écriture théâtrale contemporaine, féminisme et psychanalyse obligent - sans doute. Ici, pas de confession brute. La langue, littéraire. presque classique par l'attention portée aux rythmes, coule, souple, ailée, évocatrice. Une écriture et une parole, virtuose, ambiguë, éprouvante. Parole de femme adressée au silence, à l'absence. A l'autre que l'on est, que l'on hait, que l'on tue en manière de suicide. Jeux de miroir. Prière, cri, solitude tendue vers l'homme qui n'est plus là, celui que la femme porte en elle, celui, aussi, plus vaste, qu'elle ne peut désigner, parce que son nom est imprononçable.

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Au fil des mots, rêves et souvenirs reviennent. La femme raconte, par bribes, son enfance, son père et comme il savait boire du vin, humer le liège, Pierrot son frère, qui appelait sa queue Roseline et qui eut la main coupée, Tonio, qu'elle suivit dans la cabane. Et Chut. «Chut» c'est le nom que les enfants donnèrent à cette femme, bonne et toujours silencieuse, qui resta deux mois à la maison et fut cueillie par deux gendarmes. Une princesse, un fantôme, une femme de gangster. Et cette autre qui riait. La femme du tableau accroché à l'entrée. Une femme à sa fenêtre, qui riait. D'elle lui dit-on. Et elle le crut.

Sur un carré de nappe posé à même le sol, les couverts d'argent, la carafe et le verre de vin de l'absent. C’est vers lui qu'elle dirige les mots, lorsqu'elle baisse les yeux du haut de son petit escabeau. Trop grande pour la maison de poupée. Son regard tombe à terre, et d'abord, on n'entend que des mots, qui passent trop vite. Puis le texte devient parole, incarnée, bouleversante, à travers le visage, le corps et la voix d'Yvette Théraulaz. Ni formalisme, ni joliesse dans l'interprétation. Un dialogue maîtrisé, mais formidablement généreux, engagé, avec le texte. Et derrière lui, la souffrance, la solitude. Le visage défait, le nez et les yeux qui coulent, la comédienne ne joue pas un personnage, elle se frotte, s'abandonne à un texte. Le nourrit de ce qu'elle est, de sa vérité de femme et de son talent de comédienne, pour nous le faire partager.



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