Yvette Théraulaz

PERDANTS MAGNIFIQUES

mai 2000  PERDANTS MAGNIFIQUES

Mise en scène Anne-Marie Delbart

A voir absolument à l'Arsenic: le dernier spectacle du Théâtre Musical. Une centaine de belles et bonnes minutes à savourer.
Il est des spectacles qui font du bien, et tel est le premier mérite des «Perdants magnifiques», collage de textes et de chansons enchaînés avec un rare bonheur par une espèce de chorale fellinienne oscillant entre humour et nostalgie, malice et gravité. Les thèmes du spectacle sont gravissimes, puisqu'il s'agit de rien de moins que de la vie et de la mort, du bonheur et de la maladie, du sens de notre présence sur terre et d'un tas d'autres interrogations fondamentales, mais tout cela est traité comme sur des' «pattes de colombe», sans une trace de pontifiance sentencieuse.

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A remarquer en premier lieu: que les membres du Théâtre Musical n'ont plus vingt ans, et que c'est donc dans leur chair qu'ils éprouvent tous le poids du monde et la fuite du temps. En outre, ils appartiennent à une génération dont les jeunes années furent baignées de chansons, et l'on en mesure une fois de plus la perte au fil de la représentation. Un premier bonheur nous est donné, précisément par «Le bonheur» de Gilles, qu'Yvette Théraulaz fait merveilleusement revivre au milieu de ses camarades murmurants.
Cela étant, plus encore qu'un récital, c'est comme une histoire que nous racontent «Les perdants magnifiques», dont la tonalité mêle la révolte et la générosité, le scepticisme et la joie de vivre, l'insolence et la nostalgie. Sur fond de guerre balkanique et de déprime tous azimuts, il n'y a aucun cynisme, mais un comique tout de même grinçant à l'exécution de «C'est magnifique», cher vieux hit des années dinosaures lancé par la boulotte Marie Perny, aussi à l'aise à l'accordéon qu'au chant ou à la comédie, et dansé par tout le monde à la manière Broadway-Deschamps.
Cohabitent en outre, dans ce spectacle au beau titre à la Carver, des bribes de rêves ou de contes (la petite fille de Dubillard qui croise la vieille dame sur le chemin de la vie), avec d'étonnants moments de poésie signés Carson McCullers, Strindberg ou Clarice Lispector), et des morceaux de littérature «existentielle» qui font voisiner Ramuz et Dubillard, Karl Valentin et Albert Cohen, un savoureux inventaire de maladies (la liste semble de fait un programme gastronomique!) et telle irrésistible invective au ciel où l'humour pince sans-rire (Le Clézio) va si bien à Heidi Kipfer. Dans la foulée, et c'est une autre originalité du spectacle, sont dits les faux pas, les hésitations, les couacs, les faiblesses du locataire moyen de la planète Terre (sur laquelle «des milliards d'individus sont morts... et n'en sont pas morts») ou l'incongruité de celle (magnifique Yvette Théraulaz) qui ouvre son cœur en toute sincérité alors que les autres n'en ont rien à «secouer».

Viva la musica
La représentation se donne dans une sorte de boîte magique, conçue par Gilles Lambert, et joue sur un minimum de déplacements, parfois à la cadence des figurines de boîtes à musique. Question musique, précisément, c'est un surcroît de bonheur que nous vaut l'apport très «pro» de trois facétieux magiciens (Arthur Besson, Lee Maddeford et Daniel Perrin) et les superbes prestations vocales des trois comédiennes, dont les limites occasionnelles sont largement compensées par l'ardeur et le naturel de l'interprétation. Bref, et sur l'air final du Gracias à la vida de Violetta Parra, l'on ne peut que dire merci aux initiateurs de ces belles variations sur la vie qui va.


Mise en scène
Anne-Marie Delbart

Musiques originales et arrangements
Arthur Besson, Lee Maddeford, Daniel Perrin

Avec
Heidi Kipfer, Marie Perny, Yvette Théraulaz

Musiciens
Philippe Ehinger, Lee Maddeford, Daniel Perrin

Décor
Giles Lambert

Lumière
Patrick Jaquérioz

Peinture
Jeff Quesné

Maquillage
Catherine Zingg

Coproduction
Théâtre Musical – Lausanne, Le Poche – Genève


PERDANTS MAGNIFIQUES


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EMILIE NE SERA PLUS JAMAIS CUEILLIE PAR L'ANEMONE de Michel Garneau

déc. 1999  EMILIE NE SERA PLUS JAMAIS CUEILLIE PAR L'ANEMONE de Michel Garneau

Reprise au théâtre Amstramgram et tournée au Québec

Dix ans après l'avoir créée à Genève, Philippe Morand reprend la pièce de Michel Garneau.
Le théâtre est un art d'infidélité. L'acteur épouse un personnage, l'étreint parfois, puis l'abandonne en gambadant, sans demander son reste. Philippe Morand, directeur du, Poche à Genève, brise cette fatalité: Onze ans après avoir guidé Yvette Théraulaz et Véronique Mermoud dans les sous-bois d'Emilie ne sera plus jamais cueillie par l'anémone, il a demandé aux deux mêmes comédiennes de reprendre leur dialogue. Pour un face-à-face doux, lumineux et chamailleur comme le sont les confidences fraternelles au petit matin.

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A première vue, elles n'ont pas changé. Dans sa robe solaire, Yvette Théraulaz est toujours Emilie, la poétesse qui a décidé de s'enraciner au milieu de sa forêt, pour vivre plus intensément. Dans sa robe saumon, Véronique Mermoud joue Uranie, la sœur musicienne, sur le point de quitter l'Amérique au bras de son amant. Mais si le théâtre peut donner le sentiment d'un présent permanent, le metteur en scène a voulu marquer le passage du temps. Au-delà du plateau carré, on voit donc une table et des volets posés à terre. Ce sont les vestiges de la première version. Et comme les souvenirs de la maison des morts.
Sauf qu'Emilie ne meurt pas vraiment. Elle se détache... intensément. La beauté du spectacle de Morand est de tracer à petites touches cette topographie de la solitude. Ainsi l'opposition quasi physique des comédiennes: à la robustesse presque figée de Véronique Mermoud répond la souplesse fiévreuse d'Yvette Théraulaz. Et la voilà qui s'enivre de mots singuliers, comme une vieille fille se pare de perles rares, pour rêver de valses folles. II y a aussi et surtout ce moment suspendu où, dans une échappée de lumière, Uranie habille Emilie. La poétesse est en blanc à présent, immaculée, comme une mariée bafouée devant l'autel, comme un ange ou une folle. Cette cérémonie des adieux ne s'oublie pas.

Texte Michel Garneau
 - Emilie Yvette Théraulaz
- Uranie Véronique Mermoud- 
Mise en scène Philippe Morand
- Décor et costumes Gilles Lambert
- Lumières Liliane Tondellier
 - Assistanat mise en scène Cléa Redalié - 
Construction du décor Atelier du Lignon
- Peinture du décor Jean-Pierre Arlaud
 - Réalisation des costumes Nathalie Matriciani
 - Coiffure et maquillage Johannita Mutter - 
Régie Jean-Christophe Despond - 
Technique Dominique Ithurriague - 
Collaboration littéraire François Marin
 - Administratrices Maryvonne Joris et Marie-Claude Jenny - 
Coproduction Théâtre Le Poche et Théâtre des Osses

Véronique Mermoud
Nous avions l'habitude de travailler avec les cycles d'orientation et les collèges. Quand Ulysse a été joué à Givisiez, nous avons ouvert une nouvelle porte: celle des écoles primaires. Nous avons vu des élèves qui débarquaient de tous les coins du canton et mettaient parfois pour la première fois les pieds dans un théâtre. Je me souviens de leur excitation à être traités comme des "grands", à s'asseoir sur les fauteuils rouges, à découvrir le rideau de scène. J'entends leurs rires, leurs cris et, quand la lumière s'allume sur le plateau, le silence qui s'installe, la magie qui les touche, leur spontanéité magnifique. Le théâtre en est illuminé.

Gisèle Sallin
C'est lié à une coproduction et à un échange. Des relations se créent avec deux théâtres de Genève, Le Poche et Am Stram Gram. Le Poche et les Osses coproduisent Emilie ne sera plus jamais cueillie par l'anémone. Ce spectacle, mis en scène par Philippe Morand, avait déjà été réalisé avec la même équipe artistique et tous souhaitaient refaire une version "en plus grand". Avant d'entamer une importante tournée, la pièce a été créée au théâtre Am Stram Gram. Pendant ce temps le théâtre Am Stram Gram occupait la scène du Poche avec un spectacle pour enfants, Ulysse d'Isabelle Daccord et de Julie Delwarde. Il était interprété par quatre jeunes de Arlequin poli par l'amour qui venaient de terminer leur formation. C'était leur premier emploi et c'était ma première mise en scène pour les enfants : le cadeau de mes 50 ans.

Début de production 18 janvier 2000 au Théâtre Am Stram Gram de Genève et en tournée à Québec, Longueil-Montréal, Sherbrooke puis au Théâtre des Osses et en tournée en 2001 la Chaux-de-Fonds, Avenches, Neuchâtel, Yverdon, Bienne
Nombre de représentations 61 (dont 16 scolaires)
Nombre d'entrées 8.651 (dont 1.948 en scolaires)
Taux d'occupation 76\\\\%
Fin de production 31 décembre 2000 au Théâtre des Osses à Givisiez


Emilie ne sera plus jamais cueillie pa l'anémone / Extrait


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juste la fin du monde de jean-luc lagarce

oct. 1999  juste la fin du monde de jean-luc lagarce

Mise en scène de Joël Jouanneau

Yvette Théraulaz joue la Mère au Théâtre de Vidy-Lausanne.
Avec : Marc Duret, Dominique Gubser, Antoine Mathieu, Pénélope Pierson, Jane Savigny, Nalini Selvadoray, Yvette Théraulaz, Christine Vouilloz
Photo de répétitions Les Solitaires Intempestifs

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SAVANNAH BAY De Marguerite Duras

mai 1998  SAVANNAH BAY De Marguerite Duras

Mise en scène Laurence Calame

Avec «Savannah Bay», le Théâtre Le Poche de Genève livre la reconstitution d'une vie à travers le morcellement du souvenir. Instants volés à la mort.
«Tu ne sais plus qui tu es, qui tu as été, tu sais que tu as joué, tu ne sais plus ce que tu as joué...» Enonciations, renonciations, tel est le schéma verbal auquel se conforment Madeleine, une vieille comédienne aux portes de la mort, et la jeune femme, sa probable petite-fille

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Un schéma qui, autour d'une pierre blanche, doit les amener à retrouver la trace de celle du milieu, l'amante magnifique. Savannah Bay, à l'affiche du Poche, regroupe les deux ingrédients fétiches de Duras: le doute et le désir. Le geste et la parole «Le jeu enlève au texte,il enlève de la présence au texte, de la profondeur, des muscles, du sang.»
Connue pour son goût de l'interprétation immobile où le comédien n'aurait «qu'à porter le texte hors du livre par la voix seule, sans les gesticulations», Marguerite Duras est une auteure théâtrale à haut risque. Choisir une autre option de mise en scène sans trahir la complexité de cette langue où cohabitent mille possibles relève du défi. Surtout lorsque, comme c'est le cas de Savannah Bay, la pièce a été écrite pour une comédienne en particulier, Madeleine Renaud, qui l'a donnée de façon magistrale.

Du haut de sa deuxième mise en scène, Laurence Calame assume très bien sa différence de point de vue. «Je pense que l'intelligence du jeu de l'acteur, par le geste qui est le contraire dela gesticulation, peut rendre compte du sens et de la richesse de la parole», explique-t-elle. Et en effet, du mouvement, il y en a dans cette version tripartite de Savannah Bay.
Jouant des didascalies (injonctions de jeu) quasi totalitaires de l'auteure, la metteure en scène déploie l'action en trois tableaux aux couleurs tranchées: l'hospice verdâtre auquel le public est tout d'abord initié par le récit authentique d'une infirmière romande en milieu sénile; la loge-boudoir vieux rose dont le miroir en miettes évoque le tumulte des souvenirs en lambeaux et, enfin, le bar colonial couleur sable où la nostalgie l'emporte sur le besoin de savoir, où déjà on parle à l’imparfait, des adieux dans la voix.
Mouvement également dans le jeu des comédiennes. Ariane Moret, surtout, qui compose une «Jeune femme» affairée et précise. Jusqu'au troisième tableau, cette petite-fille en quête de passé a des accents de commissaire. Manipulant enregistreur, gâteaux, fripes, aiguilles et barrettes, elle s'empresse autour de la comédienne décatie, échouée, interprétée tout en nuances par Yvette Théraulaz. Deux voix très contrastées qui finissent par n'en faire plus qu'une, réconciliée dans un même désir.


SAVANNAH BAY


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Peepshow dans les Alpes de Markus Köbeli

janv. 1998  Peepshow dans les Alpes de Markus Köbeli

Mise en scène Robert Bouvier

Yvette Théraulaz crée la Mère au Poche à Genève et du 25 février au 22 mars sous le chapiteau du Théâtre de Vidy à Lausanne puis tournée en France.
Photo Marcel Imsand

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