Yvette Théraulaz

Le Courage de ma mère de Georges Tabori

janv. 1995  Le Courage de ma mère de Georges Tabori

Mis en scène Philippe Van Kessel au Théâtre national de Belgique à Bruxelles

La mémoire, malgré tout. Plus encore que la mémoire, le témoignage par l'œuvre d'art. Juif d'origine hongroise, le scénariste et dramaturge George Tabori a voulu affronter l'épreuve de la mise en forme théâtrale du génocide perpétré par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Parce qu'il est un grand artiste, il a renoncé à toute généralisation, à toute complaisance, à tout jugement. L'aventure extraordinaire qu'il raconte dans «Le Courage de ma mère» se situe au-delà du bien et du mal tels que nous pouvons les comprendre.

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C'est ce qui a réduit au silence, pendant tant d'années, la plupart des survivants de l'enfer des camps d'extermination: comment raconter, comment accepter le rejet et l'incrédulité que doivent fatalement provoquer de tels récits? Pour les rescapés, survivre, c'est encore porter le poids écrasant de la culpabilité face à la mémoire de ceux qui ne sont pas revenus.

«Le Courage de ma mère» est une pièce d'autant plus terrible qu'elle connaît un dénouement heureux. La mère de Tabori est arrêtée un beau matin de l'été 1944, alors qu'elle se rend chez sa sœur pour une partie de rami, et emmenée à la gare où elle se retrouve entassée avec 4000 compagnons d'infortune dans un convoi de fourgons à bestiaux. Destination: Auschwitz. Elle sera sauvée par un concours de circonstances encore plus absurde que celui qui avait mené à son arrestation et jouera sa partie de cartes le soir même chez sa sœur. C'est une histoire vraie que raconte Tabori dans cette œuvre écrite à l'origine pour la radio. Il ne nous épargne rien et surtout pas les détails tragiquement cocasses qu'on aimerait ne pas voir passer sous le label «humour juif », mais qui représentent le prix et la valeur d'une vision pleine et entière de l'homme face à la mort.

Les comédiens relèvent haut la main le défi de cette pièce statique et très narrative, par un jeu dépouillé, sans pathos, presque trop retenu par endroits, aidés par une scénographie de Jacques Gabel et des éclairages de Franck Thévenon puissamment évocateurs. Le Français Jean Bollery tient le spectacle au bout de sa voix, puisqu'il raconte ce que sa mère a écrit, tandis que les autres jouent les scènes marquantes qu'il introduit et commente.

Yvette Théraulaz, originaire de Lausanne, incarne une mère qui a la jeunesse éternelle des victimes innocentes et des mamans aux yeux de leurs fils: entre autorité et fragilité, son beau visage rend plus insoutenable encore la machinerie de mort qui se déploie autour d'elle. Il eût fallu un acteur qui sache jouer, c'est a dire donner vie aux mots et aux situations, comme le fait heureusement sa compatriote Yvette Théraulaz dans les trop rares interventions qui lui sont consenties: par son visage, sa voix, l'infinie dignité de son maintien et de ses douleurs, elle incarne avec force une femme juive et timide entraînée dans un drame qui la dépasse.


Le courage de ma mère / Téléjournal


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Louve d'Alexandre Voisard

avril 1994  Louve d'Alexandre Voisard

Mise en scène Martine Charlet

Yvette Théraulaz crée le personnage de Louve tiré du texte Louve d'Alexandre Voisard à l'Arsenic à Lausanne puis en tounée

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Penthésilée de Kleist

mai 1993  Penthésilée de Kleist

Mise en scène de Armand Deladoëy

Yvette Théraulaz joue le rôle de Penthésilée
Mise en scène de Armand Deladoëy à l'école de jazz et des musiques actuelles (EJMA), saison de l'Arsenic, à Lausanne.
Photo Christian Fosserat

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L'ECHAPPEE De Philippe Lüscher

janv. 1993  L'ECHAPPEE De Philippe Lüscher

Mise en scène Philippe Morand

Les cheveux tirés en arrière, les yeux grands ouverts, la mine triste, Yvette Théraulaz incarne Eva. paysanne suisse alémanique des années soixante. Dans sa vie, pas grand-chose de réconfortant: un mari borné, têtu, macho et radin. «Pas d'explication!», «La discipline avant tout!»

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Deux phrase qui reviennent comme des leitmotive dans le langage d'Ulrich, sinistre personnage qu'interprète Michel Cassagne. Pour elle, une vie entre quatre murs de ferme, au passé douloureux, à l'avenir qui frissonne. Des jours qui passent et se ressemblent. Rien à attendre. Une immense lassitude.Jusqu'à ce drôle de vendredi soir où le mari détesté part en ville. Eva reste seule à la maison avec Hans, orphelin employé à la ferme. Le calme est là, enfin. Autour d'une bouteille de schnaps, les deux personnages lient connaissance. Et l'alcool aidant. les langues se délient.

Sur la scène, les comédiens ne bougent presque plus. Yvette Théraulaz et Jean Liermier ne sont plus acteurs mais conteurs. A tour de rôle, ils se racontent leur vie et leurs rêves. Lui parle de s'enfuir en Allemagne, de marcher au hasard avec son sac au dos. Elle s'accroche à son rêve de tout abandonner, de partir avec lui. Un moment d'intimité, de tendresse où la comédienne excelle: dans son récit, prononcé juste assez fort pour faire frissonner les gradins de la petite salle de Vidy, une émotion vraie et bouleversante. Pas de larmes mais des silences lourds de signification. Et une voix légère, presque aérienne, pour dire la jeunesse passée derrière un bar, à servir des verres aux paysans du village, le mariage avec Ulrich, la nuit de noces ratée et l'enfant qui n'est jamais venu.

Un sol carrelé légèrement incliné, un mur orné de branches, une table, deux banquettes. Le décor de Gilles Lambert souligne le plus naturellement possible cette production 100\\\\% romande, premier volet d'un triptyque que Philippe Lüscher va consacrer au personnage de Hans. Même orientation dans le travail de Philippe Morand, metteur en scène: pas d'effets spectaculaires. Place aux acteurs, impeccablement dirigés, aux témoignages; à ces vies enpanne d'avenir, à ces rêves trop différents. «Hans, jeune homme sans jeunesse, rêve de liberté, Eva de quitter sa vie et Ulrich rêve de réussite, écrit Philippe Lüscher. A chacun son rêve, à chacun son drame, on ne peut rien y changer.»

Théâtre de Vidy et théâtre St-Gervais - Genève
Avec Michel Cassagne et Jean Lermier


L'échappée / téléjournal


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Maison de poupée d'E. Ibsen

nov. 1992  Maison de poupée d'E. Ibsen

Mise en scène Philippe Morand

Avec «Maison de Poupée», Philippe Morand crée un spectacle exceptionnel. Quel jeu !
Le public romand avait déjà ovationné le tandem Philippe Morand Yvette Théraulaz dans un «Emilie ne
sera plus jamais cueillie par l'anémone» inoubliable. Et voici que le metteur en scène et la belle comédienne réunissent à nouveau leurs talents dans «Maison de poupée», du Norvégien Ibsen, en création ces jours au Poche à Genève. On s'attendait à un mets délicat, et c'est tout simplement à un
festin royal auquel les amateurs de théâtre sont conviés.

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On n'a longtemps retenu de la pièce que son audace, nous sommes en 1879, à brosser le portrait d'une épouse qui abandonne mari et enfants, parce que la communication est impossible. On y voyait un esprit féministe avant l'heure, un intrépide rejet de valeurs sociales étouffantes. Comme Philippe Morand nous la conte, «Maison de poupée» n'est plus l'histoire d'une femme, mais avant tout celle - très actuelle d'un couple qui ne sait pas s'aimer. Si Nora est la poupée de son mari, Helmer n'est que le pantin mou et désarmé des lois toutes-puissantes qui régissent le mariage, la carrière, la fidélité.

La colère ordinaire
Excellent dans ce rôle ingrat, Pierre Banderet rend au début son personnage haïssable. Puis, progressivement, il devient touchant à ne pas pouvoir se délivrer de son carcan d’égoïsme ignoble. Plus qu'un monstre obtus, Helmer est un ignorant. Ses excès d'autorité font froid dans le dos, ses remarques cinglantes sont d'une justesse de ton effrayante. Là où beaucoup d'autres pèchent par excès de zèle, Banderet Joue la colère ordinaire avec une rare intelligence. Pour sa part, Yvette Théraulaz - qui vient d'être auréolée d'un prestigieux prix de la Fondation vaudoise pour la promotion et la création artistiques - brille encore et toujours. En épouse écervelée d'abord, en individu conscient qui part s'épanouir sous d'autres cieux enfin. «Maison de poupée» est un spectacle sans débordements visuels, qui repose sur une lecture respectueuse d'Ibsen et la qualité de tous les comédiens.


MAISON DE POUPEE


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