Yvette Théraulaz

L'IDIOT De Fiodor Dostoïevski

nov. 1995  L'IDIOT De Fiodor Dostoïevski

Mise en scène Joël Jouanneau

« Il n’y a au monde qu’une seule figure positivement admirable, le Christ », affirmait Dostoïevski tandis qu’il écrivait « L’Idiot ». En une seule phrase, le maître romancier donnait une indication précieuse, dont Joël Jouanneau s’est emparé pour adapter et mettre en scène ce sommet de la littérature. Son nouveau spectacle est un cérémonial quasi religieux, mais libéré de tous les dogmes, sinon celui de la passion.
Photo Mario Del Curto

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On ne sait ce qui séduit le plus dans ce rituel fantasmatique : la beauté du dispositif scénique de Jacques Gabel, simple plancher de bois marqueté aux délicates teintes automnales ; les lumières de Frank Thévenon, plus chorégraphe que plasticien, commandant à ses faisceaux lumineux de telle manière que les acteurs apparaissent ou disparaissent de l’aire de jeu comme personnages de songe ; les costumes de Jannine Gonzalez, librement inspirés d’un XIXe siècle de fiction et empruntant à aujourd’hui la fluidité des matières et la tranché des couleurs ; la troupe réunie par Joël Jouanneau, qui est l’occasion pour lui de reformer le couple Pilippe Demarle (le prince Mychkine) et Jean-Quentin Châtelain (Rogojine), six ans après le succès du « Bourrichon », l’adaptation du roman de Dostoïevski, les mille et une pas de « L’Idiot » comme parcourues sans trahison aucune par un Jouanneau dont on soit les talents de lecteur.

Le metteur en scène livre joliment les clés de son entreprise : « Le début de « L’Idiot », ce prince avec son seul baluchon qui rentre de suisse, c’était vraiment le début des « Enfants Tanner » (de Robert Walser) que j’avais adapté quelques années avant. Et surtout cette virginité qui était aux héros de Walser et de Dostoïevski. Le premier aimait le second, j’aimais le premier, je n’ai fait que suivre le fil. Alors, alors seulement, l’idée m’est venue : ce que tu n’as pas su totalement dire avec Walser, tu le diras avec Dostoëivski. Or, c’était quoi ? C’est flou, forcément, sinon je l’aurais dit, mais s’il fallait le cracher, là, maintenant, ce serait : la virginité, c’est la mort. Ou encore : la neige, c’et déjà de la boue. Ou autrement : le jardin d’Eden ouvre la porte du Déluge. »

De ce déluge de not, de ce torrent d’émotions, de ce délire des qui font de « L’Idiot » une fréquentation obligée et toujours bouleversante – surtout dans la prodigieuse adaptation d’André Markowicz chez Actes Sud – Joël Jouanneau s’est emparé en exorciste, exorciste des sa propre peur de lecteur, de l’effroi qu’un tel mythe peut susciter, du fatras des traductions et adaptations antérieures pour la scène et l’écran, du carcan slave dans lequel on a souvent enfermé « L’Idiot ».



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LEYLA Récit d'exil Texte Leyla Chammas

mars 1995  LEYLA Récit d'exil Texte Leyla Chammas

Mise en scène Philippe Morand

Yvette Théraulaz donne voix au texte autobiographique Leyla, récit d’exil de la réfugiée libanaise Leyla Chammas, mise en scène par Philippe Morand à l’Atelier Volant de Lausanne, avec le musicien François Nicod ; spectacle présenté dans sept autres villes romandes

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Un spectacle bouleversant
Leyla et Simone Oppliger, auteur du texte et des photos de ces pages, se lient d'amitié en 1990 au centre pour réfugiés. Exilée en 1993 dans un village du Maine-et-Loire, logeant dans une maison insalubre, inchauffable, deux enfants très malades, sans permis de séjour, ni travail ni argent, Leyla écrit à Simone. «J'avais besoin d'elle, je sentais qu'elle me comprenait.»

Leyla pleurait en écrivant sa première lettre, début d'une écriture-confidence qui la libérait de toutes les émotions, les peurs, les peines, les chocs et les chagrins entassés depuis plus de vingt ans sans exutoire.
Leyla pleurait en découvrant le livre de Simone «Le Cœur et la terre», édité par le Nouveau Quotidien, qui se clôt par l'histoire des Chammas et de leurs trois enfants, le dernier est né à La Chaux-de-Fonds.

Leyla pleurait quand elle vit Yvette Théraulaz dire le texte extrait de ses lettres. «Je m'étais préparée, je l'avais lu plusieurs fois, et pourtant je n'arrivais pas à me séparer de moi-même, je ne pouvais pas voir Yvette comme quelqu'un d'autre que moi.» De ces larmes, de ce vécu, le spectacle tire une énergie saisissante. Yvette Théraulaz est bouleversante d'intensité et d'émotion.

Une rencontre avec Leyla ne s'oublie pas. Ses grands yeux volontaires. Son sourire et son humour soudain chassés par la colère et l'angoisse. Comment pardonner à la Suisse, «pays de loi», qui a chassé les siens? Au Liban, «pays sans loi», elle peut pardonner. Elle n'y fera pas grandir ses enfants. «Je l'ai aimé comme aucun autre pays. Mais personne ne peut expliquer pourquoi la guerre a cessé; elle peut reprendre n'Importe quand. Mes enfants ne vivront pas ce que j'ai vécu.» C'est peut-être incompréhensible pour nous autres mais c'est ainsi: «Ceux qui me demandent pourquoi je ne rentre pas ont vécu la guerre à la TV...» Leyla dit encore qu'elle n'assiste pas non plus à la guerre de Bosnie comme nous, elle la vit: «A la télévision, je les vois courir sous les balles comme j'ai couru. Vous ne pouvez pas comprendre ces gens comme je les comprends.» Celle qui a tant écrit à Simone Oppliger a encore beaucoup à nous dire.


Leyla Récit d'exil


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Le Courage de ma mère de Georges Tabori

janv. 1995  Le Courage de ma mère de Georges Tabori

Mis en scène Philippe Van Kessel au Théâtre national de Belgique à Bruxelles

La mémoire, malgré tout. Plus encore que la mémoire, le témoignage par l'œuvre d'art. Juif d'origine hongroise, le scénariste et dramaturge George Tabori a voulu affronter l'épreuve de la mise en forme théâtrale du génocide perpétré par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Parce qu'il est un grand artiste, il a renoncé à toute généralisation, à toute complaisance, à tout jugement. L'aventure extraordinaire qu'il raconte dans «Le Courage de ma mère» se situe au-delà du bien et du mal tels que nous pouvons les comprendre.

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C'est ce qui a réduit au silence, pendant tant d'années, la plupart des survivants de l'enfer des camps d'extermination: comment raconter, comment accepter le rejet et l'incrédulité que doivent fatalement provoquer de tels récits? Pour les rescapés, survivre, c'est encore porter le poids écrasant de la culpabilité face à la mémoire de ceux qui ne sont pas revenus.

«Le Courage de ma mère» est une pièce d'autant plus terrible qu'elle connaît un dénouement heureux. La mère de Tabori est arrêtée un beau matin de l'été 1944, alors qu'elle se rend chez sa sœur pour une partie de rami, et emmenée à la gare où elle se retrouve entassée avec 4000 compagnons d'infortune dans un convoi de fourgons à bestiaux. Destination: Auschwitz. Elle sera sauvée par un concours de circonstances encore plus absurde que celui qui avait mené à son arrestation et jouera sa partie de cartes le soir même chez sa sœur. C'est une histoire vraie que raconte Tabori dans cette œuvre écrite à l'origine pour la radio. Il ne nous épargne rien et surtout pas les détails tragiquement cocasses qu'on aimerait ne pas voir passer sous le label «humour juif », mais qui représentent le prix et la valeur d'une vision pleine et entière de l'homme face à la mort.

Les comédiens relèvent haut la main le défi de cette pièce statique et très narrative, par un jeu dépouillé, sans pathos, presque trop retenu par endroits, aidés par une scénographie de Jacques Gabel et des éclairages de Franck Thévenon puissamment évocateurs. Le Français Jean Bollery tient le spectacle au bout de sa voix, puisqu'il raconte ce que sa mère a écrit, tandis que les autres jouent les scènes marquantes qu'il introduit et commente.

Yvette Théraulaz, originaire de Lausanne, incarne une mère qui a la jeunesse éternelle des victimes innocentes et des mamans aux yeux de leurs fils: entre autorité et fragilité, son beau visage rend plus insoutenable encore la machinerie de mort qui se déploie autour d'elle. Il eût fallu un acteur qui sache jouer, c'est a dire donner vie aux mots et aux situations, comme le fait heureusement sa compatriote Yvette Théraulaz dans les trop rares interventions qui lui sont consenties: par son visage, sa voix, l'infinie dignité de son maintien et de ses douleurs, elle incarne avec force une femme juive et timide entraînée dans un drame qui la dépasse.


Le courage de ma mère / Téléjournal


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Louve d'Alexandre Voisard

avril 1994  Louve d'Alexandre Voisard

Mise en scène Martine Charlet

Yvette Théraulaz crée le personnage de Louve tiré du texte Louve d'Alexandre Voisard à l'Arsenic à Lausanne puis en tounée

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Penthésilée de Kleist

mai 1993  Penthésilée de Kleist

Mise en scène de Armand Deladoëy

Yvette Théraulaz joue le rôle de Penthésilée
Mise en scène de Armand Deladoëy à l'école de jazz et des musiques actuelles (EJMA), saison de l'Arsenic, à Lausanne.
Photo Christian Fosserat

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